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Vive les folles ! Manifeste pour une vision transgenre du monde



Dans Miroir / Miroirs numéro 2, Patrick Cardon prend fait et cause pour les folles et rappelle leur importance dans l'histoire du mouvement et la culture LGBT !



Vive les folles ! Manifeste pour une vision transgenre du monde
Un rapide historique
La vague/vogue des folles fut portée par les années contestataires qui ont suivi les grandes grèves de 1968. Les grèves n’ont pas eu un simple effet économique. Les fronts de la contestation furent multiples et les homosexuel/les de l’époque ont voulu avoir leurs mots à dire. À chaque GayPride, les assemblées ont régulièrement à essuyer les revendications de personnes choquées par les extravagances (nudité et travestisme surtout) auxquelles donnait lieu le défilé. Ces personnes aspiraient à une normalisation de l’image LGBT. Et la justification des responsables était toujours la même : on ne touche pas aux folles et à leurs excès de drama queens car ce sont elles qui sont à l’origine de ce que nous fêtons, le soulèvement contre une descente policière dans le bar Stonewall de New York en 1969. Le ras-le-bol traverse assez vite l’Atlantique. Quelques dates : le 10 mars 1971, salle Pleyel, a lieu une intervention du tout jeune MLF et de militants homosexuels des deux sexes, contre l’émission publique de Ménie Grégoire « L’homosexualité, ce douloureux problème » sur Radio Luxembourg. L’estrade est envahie et les orateurs s’enfuient sous les cris d’« À bas les hétéroflics » et « Les travelos avec nous ». C’est la date admise pour la première existence publique du FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire) qui tenait ses A. G. tumultueuses aux Beaux-arts. C’est le même ton et le même vocabulaire qui est adopté par le numéro 12 du journal Tout ! [1] (12-23 avril 1971) consacré à la « libre disposition de notre corps », immédiatement interdit à la vente. Normal, beaucoup d’articles sont signés par des membres du FHAR qui, cette année-là, font feu de tout bois : ils sont accueillis par Champ libre (tendance situationniste) pour l’édition de leur Rapport contre la normalité (1971). Un des fleurons du Rapport est le détournement du manifeste des 343 [2] déclarant dans le nouvel observateur du 5 avril 1971 s'être fait avorter. À la sauce du FHAR, cette pétition se décline ainsi :
« Nous sommes plus de 343 salopes. Nous nous sommes fait enculer par des Arabes. Nous en sommes fiers et nous recommencerons. » (faites-signer).
Nous sommes loin de l'homosexualité blanche et lisse plus ou moins acceptée aujourd'hui, y compris d'un certain mouvement queer féministe qui, sous prétexte d'égalité et de non-exploitation d'autrui nous interdirait la prostitution et la pornographie [3] (et la PMA !). Le FHAR n'était pas provocateur, il était ludique à la manière situationniste : jouer, déjouer, surjouer. Un des numéros du Fléau social [4] dirigé aussi par Alain Fleig s'intitulait « détruire ce qui nous détruit ». La déconstruction était en marche et rien ne dit qu'entre mariage et manif pour tous, elle n'offre encore aujourd'hui de nouvelles alternatives. En 1973, le CERFI (alternatives institutionnelles), dirigé par Félix Guattari, lui tend les bras et lui confie le n° de Recherches [5]] intitulé Trois Milliards de pervers. Grande Encyclopédie des Homosexualités [6] (1973). Publication d’abord interdite puis, décision historique, autorisée par Conseil constitutionnel qui casse l'inculpation le 16 juillet 1971 au nom de la liberté d’expression.

Début mars 1972, les Gazolines, groupe informel du FHAR, renverse un car de police lors d'une émeute provoquée par la mort du militant maoïste Pierre Overney tué par un agent de sécurité de chez Renault quelques jours auparavant. Le 4 mars, lors de l’enterrement de Pierre Overney, elles participent au cortège derrière Lutte Ouvrière et lancent : Liz Taylor, Overney, même combat…

De 1972 à 1974, le FHAR participe à tous les défilés du 1er mai. Les Gazolines, par leur humour camp revendiquent la visibilité des folles et des travelos ; leurs slogans sont : « Nationalisez les usines de paillettes », « Prolétaires de tous pays, caressez-vous » ou « Maintenant c’est champagne, coke et falbalas ».

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>> LE SITE DE PATRICK CARDON
Par Patrick Cardon, militant homosexuel, efféministe et folle. Il a fondé à Lille l’association GaykitschCamp, qui est à la fois une maison d’édition (QuestionDeGenre/GKC) spécialisée dans la présentation scientifique de textes devenus introuvables de l’histoire culturelle des gays et lesbiennes, et qui a longtemps organisé un festival de films du même nom à Lille. Il vit aujourd’hui à Montpellier.

Ce texte est extrait de la revue Miroir / Miroirs numéro 2 :
La revue LGBTQI "Miroir / Miroirs" numéro 2 propose dans son 2e numéro un dossier consacré aux genderfucking et aux porosités entre les masculinités et les féminités : drag (kings et queens), folles, discours sur le genre...

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