Peut-on penser l'homosexualité sans préjugés ?


Le plus difficile quand on parle d’homosexualité, c’est de sortir des stéréotypes. On a le sentiment de patauger dedans. Or c’est justement ce dont il faut se démarquer. L’un des grands combats de Freud a été de dégager l’homosexualité des notions de tare et de péché. Il s’inscrit dans la longue lignée des défenseurs des homosexuels et en ce sens il était un émancipateur résolument moderne. Si l’homophobie s’exprime par des préjugés sur l’homosexualité c’est que très souvent la personne homophobe rejette tous ceux qui ne se comportent pas au rôle prédéterminé par leur sexe anatomique. Peut-on penser l’homosexualité sans préjugés ? Voici quelques-uns de ces préjugés très répandus : « L’homosexualité est un choix » ; « L’homosexualité est une maladie » ; « Avoir une relation avec une personne du même sexe implique qu’on est automatiquement homosexuel » ; « Tous les gays sont efféminés » ; « Dans le couple lesbien, une joue l’homme, l’autre la femme » ; « Les homosexuels ont le sida ». Paulo QUEIROZ, psychologue clinicien, psychanalyste, nous propose quelques clés pour comprendre les (et nos propres) préjugés.


              

Il y a toujours des préjugés dans la pensée

« J’annonce à mes parents que je suis homosexuel. Ma mère le pressentait. Mon père dit que je suis malade, que « ça », « cette maladie », peut se soigner, qu’il s’agit d’un passage, qu’il fera tout pour m’aider ». Alexandre Bergamini – Sang Damné

Pour combattre ces préjugés il est important de vouloir se remettre en question, se connaître soi-même, notre monde interne. L’homosexualité ne laisse personne indifférent et suscite des sentiments contradictoires, ambivalents et nous amène à réagir. Certains vont la condamner, d’autres auront des réactions de rejet ou de haine. De telles réactions ne sont pas un crime, mais il faut cependant, essayer de comprendre pourquoi cela suscite un tel effet. Quels sont les aspects de nous-mêmes qu’il nous a fallu rejeter ? Autrement dit, à l’évocation de l’homosexualité, nous devrions pouvoir reconstruire le sens de nos peurs et de nos pensées sur tout ce qui concerne la sexualité et leur impact sur notre vie émotionnelle. Nos préjugés, nos peurs, nos défenses contre de telles expériences sont les raisons essentielles pour lesquelles notre sexualité reste une nébuleuse quand ce n’est pas un fantôme inquiétant. Il nous faut une grande liberté intérieure et une grande capacité pour différer tout jugement hâtif. Comment nous libérer de nos préjugés sur l’homosexualité pour nous sentir enfin à l’aise avec nos sentiments personnels les plus intimes ? Peut-on penser ces questions sans préjugés, loin de toute approche normative ? Oui, si nous sommes vigilants par rapport à ce que nous avons appris. Il n’est évidemment pas facile de se défaire d’une éducation, d’un milieu, des premières impressions de son passé et de son enfance. Quand on est face à un sujet aussi délicat, le plus important est d’être attentif à notre première réaction. Que nous inspire l’homosexualité ? Comment réagissons-nous ? Pourquoi toujours ce moment d’irréflexion ?

Penser sans préjugés consisterait en une prise en charge par soi-même de sa propre pensée, en s’autorisant à questionner, à examiner, sans recourir d’emblée à des idées reçues, ou à des opinions communes. Sans compter qu’il faut également se défaire du préjugé selon lequel on pourrait penser l’homosexualité sans préjugés. Nous commençons toujours par penser avec des préjugés, il y a toujours des préjugés dans la pensée. Préjuger signifie « juger avant », c’est-à-dire juger avant de juger, adhérer à une idée, la tenir pour vraie en l’absence de réflexion, ou plus précisément en l’absence de tout jugement réfléchi. Affirmer par exemple que l’homosexualité est un choix, relève d’une opinion sans jugement, sans réflexion, sans véritable justification scientifique.

Penser contre ses préjugés

Nous pensons toujours avec des préjugés car notre pensée est tout d’abord pétrie, infiltrée de préjugés dans une quasi impossibilité de s’en défaire. Quand nous pensons l’homosexualité avec des préjugés c’est que nous ne pensons pas encore. Nous ne pensons « pas encore » signifiant que la pensée est un apprentissage qui consiste à penser contre les préjugés, c’est-à-dire contre soi. La pensée est par conséquent un effort de lutte contre les préjugés car au départ notre pensée procède d’opinions reçues, de préjugés et de jugement hâtifs. Nous prenons nos préjugés pour la vérité. Dans l’enfance et pendant notre éducation nous avons eu affaire aux autres, les autres dont nous héritons moralement, intellectuellement, avant de raisonner par nous-mêmes.
La première et la principale cause de nos erreurs, disait Descartes, sont les préjugés de notre enfance. Quand quelqu’un affirme que l’homosexualité est un choix, dans ce cas-là, il ne s’agit pas de pensée mais d’affirmation, on se contente d’affirmer des clichés provenant de l’éducation, du ouï-dire, de la paresse d’esprit, de tout ce qu’on veut, mais certainement pas d’une analyse ou d’un examen approfondi. Partant du principe que l’activité de penser implique la réflexion, le questionnement, l’examen critique, l'activité intellectuelle et rationnelle, alors nous pouvons conclure que penser et préjuger sont opposés et incompatibles dans la mesure où penser avec préjugés ce n’est pas penser. Il faut se lancer dans la pensée contre ses préjugés, penser contre soi-même, avec volonté et courage pour se défaire de nos préjugés sur l’homosexualité sachant qu’en définitive il est illusoire de pouvoir éliminer totalement la pensée de tout préjugé.

Paulo Queiroz.
NDLR : L'auteur de cet article vient de publier avec Isabelle Lacheref, « Bien réagir au coming out d’un proche » aux éditions Jouvence, 2011


Peut-on penser l'homosexualité sans préjugés ?

Mardi 20 Décembre 2011 - 16:32
Paulo QUEIROZ


              



1.Posté par Loïc le 22/12/2011 22:22
Faire une introduction en mettant Freud en grand défenseur de l'homosexualité sans le nuancer ce n'est pas très malin, car pour Freud l'homosexualité résultait d'un mauvais développement psychique et pour lui les homosexuels devait être soigner, Mais c'est vrai au moins il a défendu le fait que ce n'étais pas un choix, mais bon pour lui c'était toujours un affliction.

2.Posté par rudy khalifa le 04/01/2012 03:23
N'oublions pas Loïc que la dépénalisation de l'homosexualité en France n'a eu lieu qu'à partir de 1981. Donc elle fut classée comme maladie mentale jusqu'à cette époque...

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