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Livre : « Pourquoi j’ai tué Françoise Sagan ». Bonjour coming-out, folie et vitesse !



C’est ce qu’on appelle de l’uchronie. Une fiction qui s’inspire d’un « et si... », en l’occurrence, « et si François Sagan était toujours vivante » en 2011 ? Ou comment les personnages modernes en leurs temps se seraient habituées au nôtres. Comment aurait-elle vécu avec la disparition de ses amis, avec Obama, Facebook, avec le Pacs ou les mères porteuses, sur fond d’Amy Winehouse.



Livre : « Pourquoi j’ai tué Françoise Sagan ». Bonjour coming-out, folie et vitesse !
Là, c’est Grégoire, homosexuel placardisé qui se révèle, aux côtés du bolide vivant qu’est toujours Françoise Sagan. Les fêtes, les excès, le sexe sans lendemain, les interdits et surtout la liberté. D’être. Emmené dans le tourbillon de ses envies, Grégoire se découvre des désirs, une identité. Lancé à la vitesse d’une Jaguar XK 140, il se découvre un vibrillonnant destin, là où la bourgeoisie familiale lui proposait un train-train de bonnes manières, de sagesse, de conformisme hétérosexuel. Comme un enfant, il découvre le monde, le sien, celui qu’il n’aurait jamais osé imaginer.

En son temps, le dandy-danseur (et meilleur ami gay de Sagan) Jacques Chazot avait voulu l’épouser, pour la blague. Alors avec Grégoire, Sagan imagine se pacser et avoir un enfant ! Avec plaisir, on redécouvre le caractère, la douce folie, la grande liberté de Sagan, personnage de roman par excellence. Ce livre aussi le mérite de la faire revivre un peu. Et c’était un pari osé, tant l’originale est encore puissante dans nos esprits.

Grégoire devient l’enfant, le mari, le double de Sagan. Puis Sagan elle-même. Un peu comme dans Truismes de Marie Darieussecq, le personnage mue, se transforme, et prend bientôt la place de l’écrivaine. Il surpassera presque le maitre. Il va écrire, aimer, faire l’amour, vivre. Comme dans le récit, l’écriture de David Batov penche petit à petit vers cette « petite musique » qu’on aimait chez Sagan. Une écriture douce qui se fracasse de plus en plus, qui s’accélère, qui devient plus nerveuse, plus personnelle. Mais toujours en emmenant son lecteur avec bienveillance.
Il y a parenté de thèmes, de style, de vision. Deux solitudes qui se rencontrent, lancée dans une course contre la montre pour mieux s’échapper à soi-même et aux règles, au temps qui passe. Plus le temps de s’apitoyer, ni de réfléchir : on est déjà loin.
Le livre, qui oscille entre récit initiatique et polar sentimental, se parcourt avec délectation jusqu’à la dernière ligne. De coke. Parce qu’avec Sagan, et Grégoire - et Batov - on sait que l’on va toujours déjouer l’attendu.

Les Editions LC de Christophe Lucquin proposent également « Guillaume Dustan », sur le même principe, mais avec une écriture totalement différente. Le livre nous fait revivre l’écrivain, et l’homme qu’était Guillaume Dustan. (A paraître dans la même collection « Trouver Proust ».)
Lire l’interview de Christophe Lucquin, des éditions LC ici !

Prix papier : 17 €
Prix numérique : 9,49 €
http://www.lc-editions.com

David Batov est né en 1980 à Paris. Il a étudié l'économie et aussi le design à l'University of Arts de Londres. Il s’occupe aujourd’hui de l’identité visuelle d'une maison de joaillerie parisienne. Son intérêt pour Françoise Sagan donne naissance à son premier roman, Pourquoi j’ai tué Françoise Sagan ?



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