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Fassbinder prend un coup de jeune au théâtre avec "Gouttes dans l'océan"



Allemagne, années 70. Léopold, une trentaine d’année, ramène chez lui Franz étudiant fauché de dix ans son cadet, fiancé à Anna. Ce dernier s’installe et commence alors l’enfer… Une fable cruelle sur le couple et la société de consommation, jusqu‘au 5 mars au Théâtre Mouffetard à Paris. Grâce à une mise en scène très audacieuse et à la fraicheur des comédiens, ce texte de Fassbinder acquiert une nouvelle jeunesse !



Fassbinder résumait cette pièce ainsi : une comédie avec fin pseudo tragique. Elle met en jeu, comme au casino, quatre personnages, deux hommes et deux femmes, qui chercheront ensemble la combinaison d’une impossible martingale amoureuse.

Les deux hommes, Bluhm et Meister, empruntent leurs noms à Joyce et à Goethe. Cette pièce est d’abord l’histoire de leur rencontre et de leur amour. Puis viendront Anna et Véra. Se mettra alors en place un huis clos ouvert, décomplexé, nerveux et méchamment drôle, intime et démesuré à la fois. Les couples se font et se défont, comme joués aux dés. Jusqu’au dénouement… Une fable simple, cruelle, efficace, avec coup de foudre et déliquescence, abandon et jeux dangereux, jusqu’à l’oubli. Oui, vous n'avez rêvé ! Ce texte du grand Fassbinder a été adapté par François Ozon, qui en 2.000, nous invitait à découvrir Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, chassés-croisés entre Bernard Giraudeau et Malik Zidi entre autres, âpre huit-clos dont la tension et la violence rentrée étaient palpables .

Sur scène, les personnages sont épurés à l’extrême, les dialogues vifs, les répliquent cinglent et font mal, et puis arrive comme une seconde décharge de courant, une pièce clandestine qui échappe aux personnages, les dépasse, les submerge, et nous surprend dans son halo. La mise en scène est résolument inventive, audacieuse et va piocher dans le théâtre expérimental des années 70 quelques réminiscences (écrans de plasma où défilent des réclames absurdes et ringardes, un comédien qui se promène à poil sur la scène !).
Mention spéciale pour la B0 empruntée à Haendel qui souligne le thème ridiculement absurde (encore une fois) de l'intrigue.
Et doucement, l’on endosse l’habit du voyeur, avec un plaisir culpabilisant d’être éclaireur, d’aller trop loin, cruellement, innocemment.

Et puis il y a enfin cet humour sauvage et qui sauve de tout, un humour terriblement noir, féroce, fait de lucidité et de dérision, l’humour des personnages et celui du dramaturge face au petit laboratoire de comédie humaine qu’il met en place. On rit, dérouté par ce qui ressemble tout d’abord à un sitcom terriblement sentimental qui se transforme en une tragédie amoureuse authentiquement provocatrice.


"Gouttes dans l’océan" de R. W. Fassbinder
Texte français de Jean-François Poirier
Mise en scène Mathieu Cruciani, assisté par Marijke Bedleem et Pierre Maillet
Avec Yann Métivier, Julien Geskoff, Laetitia le Mesle...
Musiques Haendel, Elvis Presley

Du 20 janvier au 6 mars 2010 du mercredi au vendredi à 20h30, samedi à 21h, dimanche à 15 h Théâtre Mouffetard
73 rue Mouffetard
75005 paris
01 43 31 11 99






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