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Dorian Gray en comédie musicale : miroir aux apparences et vacuité de la beauté



Tout le monde ou presque, connaît, ou devrait connaître, son histoire. Par la magie d’un vœu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de sa jeunesse. Seul son portrait vieillira. Le jeune dandy s’adonne alors à toutes les expériences, et perd bientôt son âme dans son propre reflet. Narcisse moderne, flamboyant, Wilde livrait une analyse désabusée des charmes de la jeunesse et de sa beauté (parfois) inhérente.. Mais aussi en fond, une réflexion sur la beauté de l'art, qui n'a rien à voir avec la morale.



Dorian Gray en comédie musicale : miroir aux apparences et vacuité de la beauté
L'auteur et metteur en scène s'est attaché à retranscrire sur scène la teneur de ce roman scandaleux dont la version censurée vient d'être publiée, plus d'un siècle après sa première parution. Le destin faustien de Dorian Gray est avant tout prétexte à disserter sur l'art, la beauté, la jeunesse et l'hédonisme.

Thomas le Douarec et une partie de l'équipe de son précédent spectacle « MIKE » continuent à explorer le théâtre musical. Ils ont beau avoir décroché trois nominations aux Molières 2011: meilleur spectacle musical, création lumière et révélation théâtrale pour Grégory Benchenafi (Dorian Gray) dans le rôle de Mike Brant, ils n'ont pas dû lire l’œuvre de Wilde entre les lignes !
Trop léchée, parfois ridicule, la version musicale de l’œuvre se plante littéralement à mettre en exergue le propos même de Wilde, le sulfureux, l'original, le poète. On assiste, lointainement, à un non-sens dans l'interprétation et la mise en scène, qui saute aux yeux et aux oreilles quand on écoute un tant soit peut les aphorismes (on dirait, faute de souffle dans l'équipe, une succession des "perles" de l'auteur...) mis bout à bout dans cette contre-lecture.

Beau, Grégory Benchenafi l'est. Trop. Il chante bien, joue faux parfois. Mais avec conviction. Hanté par sa beauté, il ne bascule pas de l'innocence à la cruauté avec assez de force, inhibé par les louanges qu'Oscar Wilde aurait pu sincèrement lui écrire il y a quelques siècles.
Belle, cette mise en scène manque de vision personnelle, moderne, et l'on se demande toujours, une fois sortis de la salle (à moitié pleine), à quoi sert la partie musicale. Avec une écriture approximative, des rimes qui font rire tellement elles sont attendues ou au contraire, étonnantes de facilités, un apport incompris qui finit par tuer le véritable intérêt du texte.
Enfin, quand survient un ballet psychédé-rock entre le héros et sa belle protéiforme, on pâlit d’interrogations...

Dommage, on aurait aimé moins de timidité quand à l'amour du peintre pour son modèle, véritable incarnation de sa jeunesse perdue, et plus d'ambiguités dans la composition de son "guide" spirituel . On aurait apprécié moins de récitations qui ancrent trop loin ce discours pourtant si moderne sur la vacuité des apparences, la suprématie toujours plus intense de la beauté - regardez le trio muscles, cheveux, mode chez les gays- et le narcissisme renforcé par les réseaux sociaux et les sites de rencontres. On aurait aimé plus de texte dans la musique et moins de musique dans le texte...

Si vous aimez Wilde, lisez-le. Tout y est moderne, encore.

Dorian Gray en comédie musicale : miroir aux apparences et vacuité de la beauté
DORIAN GRAY - Théâtre musical
De Thomas LE DOUAREC
d’après la version non censurée du roman d’Oscar WILDE «Le Portrait de Dorian Gray»
Musique originale et direction musicale Stefan CORBIN
Mise en scène : Thomas LE DOUAREC
Avec : Gregory BENCHENAFI, Gilles NICOLEAU, Laurent MAUREL, Caroline DEVISMES, Stefan CORBIN

VINGTIEME THEATRE
7 rue de Plâtrières 75020 PARIS. M° Ménilmontant.
Tel : 01 43 66 01 13



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