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Découvrez le pionnier de l'homo-liberté : Raffalovitch



Avec Marc-André Raffalovitch, l'homosexualité cessait d'être une inversion monstrueuse de l'hétérosexualité. Patrick Cardon publie son étude sur ce pionnier, le Magnus Hirshfeld à la française...



On connaît Oscar Wilde et son ami Lord Alfred Douglas: un couple légendaire et fatal. On connaît moins un couple qui fut tout aussi actif dans le mouvement esthétique homosexuel: Marc-André Raffalovitch et John Gray. C'est surtout le premier qui nous retiendra ici, mais le second n'a pas un nom qui peut nous laisser indifférent: vous l'avez deviné, c'est le modèle du célèbre Portrait de Dorian Gray. John s'en défendit et intenta un procès au journal qui l'affirmait. Il le gagna mais une lettre autographe de Gray à Wilde découverte en 1961 dans une édition originale du Portrait ne laisse aucun doute. Elle commence par Mon cher Oscar et finit ainsi: A vous pour toujours, Dorian.

« L'inversion [...] va devenir une des questions de l'avenir » Marc-André Raffalovich (1896)

De 1886 à 1914 paraissent les Archives d'anthropologie criminelle qui veulent révolutionner la notion de criminalité (école française de Lacassagne contre école italienne de Lombroso). Les débats sur l'homosexualité y sont particulièrement importants. Tout en donnant un aperçu sur la conception typiquement fin-de-siècle de cette sensibilité, ils mettent en avant la personnalité toute littéraire de Marc-André Raffalovich qui tenta de devenir le Magnus Hirschfeld français.
Les Archives d'anthropologie criminelle de médecine légale et de psychologie normale et pathologique parurent en 1886. Leur directeur, Alexandre Lacassagne, professeur titulaire de la chaire de médecine légale de Lyon, est lui-même l'auteur de l'article Pédérastie du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales dont le tome XXII sort en 1886. En 1893, il préfacera la thèse sur l'inversion sexuelle du Dr Chevalier (Paris, Masson). Ces Archives sont des publications mensuelles d'au moins quatre-vingts pages de ce qu'on appellera l'école lyonnaise et pour ainsi dire l'école française d'anthropologie criminelle, qui défendra face, à l'école italienne de Lombroso, la théorie culturaliste (selon laquelle la société a les criminels qu'elle mérite) de la naissance du criminel. Après la Première Guerre mondiale, elle sera dépassée par les analyses marxistes.

C'est dans les Archives que Marc-André Raffalovitch va se faire une solide réputation de spécialiste du domaine homosexuel. Il était pourtant poète et c'est donc grâce à un littéraire que certains homosexuels et une certaine homosexualité vont recevoir une image positive face à l'aspect pathologique et criminogène retenu par les scientifiques français. C'est aussi M.-A. Raffalovitch qui va, sinon introduire, du moins populariser le mot qui pare, et on sait combien les mots sont importants dans les phénomènes de désignation, de consignation et d'assignation. Ce mot est celui d'hétérosexualité mis enfin de front avec celui d'homosexualité. Ce n'était plus l'inversion ou le sentiment contraire qui exprimait une anormalité, mais plutôt une variante de la sexualité.

L'auteur, Patrick Cardon figure du militantisme culturel

Patrick Cardon, docteur ès-Lettres et diplômé de Sciences Politiques présente ici un travail qu’il a actualisé depuis plus de vingt ans et qui a inspiré l’édition de nombreux textes précieux pour l’histoire culturelle des homosexualités au sein de GayKitschCamp.com (QuestionDeGenre/GKC)

La collection « homosexualités » répond à un besoin d’accessibilité rapide aux documents et études nécessaires à l’élaboration actuelle de l’histoire culturelle – pluridisciplinaire – dite LGBTQI (lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre, queer et intersexe). Ce sera la continuation de la bibliothèque tentée par Michel Foucault. Et dans son esprit.

Né en 1952 dans un estaminet de Tourcoing, Patrick Cardon décide à 20 ans de poursuivre ses études à Aix en Provence où il obtient un diplôme de sciences politiques et un doctorat de Lettres. Ce faisant, il ne cesse de participer aux associations de militance homosexuelle. Au fur et à mesure de ses réflexions, il s’établit efféministe, prône une culture et un point de vue « transgenre » (queer). C’est à Lille, au retour de cinq années d’enseignement au Maroc et en Algérie (1982-1987) qu’il fonde en 1989 au sein de l’association GaykitschCamp une maison d’édition (QuestionDeGenre/GKC) spécialisée dans la présentation scientifique de textes devenus introuvables de l’histoire culturelle des gays et lesbiennes où il publia les premières études LGBT dirigées par Rommel Mendès-Leite et le premier témoignage d’un gay tunisien (Eyet-Chékib Djaziri) ; puis un festival annuel de films (Festival international QuestionDeGenre, 15 éditions de 1991 à 2005), des semaines culturelles Lesbian&GayPride pendant lesquelles il se réincarne en comtesse de Flandre ; enfin, le premier centre de documentation sur les sexualités plurielles et les interculturalités ouvert au public (2000-2005). Il vit actuellement à Montpellier pour poursuivre son travail d’édition.





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